Qui ne connait pas une personne déjà atteinte d’un « gros coup de fatigue », d’un grand surmenage, de dépression inexpliquée liée au travail. Le burn out semble prendre de plus en plus de place dans le monde du travail. Et tout le monde croit savoir ce qu’est le burn out, les médias en parlent tellement. Cependant, nous nous en faisons souvent une idée fausse. D’autant plus fausse que les médecins eux-mêmes ne sont pas toujours informé et d’accord.
Mais alors quelle est le bonne définition du burn out ? Tâchons d’y voir clair et d’être rigoureux.

le burn out - une consumation

Origine et définition du burn out

Vous l’avez constaté burn out est un terme anglais qui nous vient des Etats-Unis. Les premières observations sont plus anciennes qu’on ne le pense puisque depuis les années 30, des chercheurs et médecins Américains et Français écrivent sur le stress et les dommages psychologiques engendrés par le travail. Le terme de burn apparaît aux Etats-Unis en 1969.

Traduction Française de burn out

Avant toute chose que signifie burn out en Français ?
La traduction littérale est « brûler » ou plus exactement « consumer ». Il a été traduit par syndrome d’épuisement professionnel.

L’acception Américaine montre bien la lente dégradation interne pour qu’il ne reste rien (imaginez une bougie se consumant), cependant elle a pris une connotation de dépression et de stress qui ne décrivent pas la situation.

L’expression française souligne un ensemble de signes et mentionne précisément un des principaux symptôme, l’épuisement, et met en exergue la source professionnel de l’affection. Néanmoins, elle paraît réduire le mal à une fatigue. Il faut comprendre par épuisement professionnel, une fatigue intense chronique et handicapante mais aussi entendre l’épuisement de la source (de motivation, de compréhension, d’attention…). En somme, le moteur devient dysfonctionnel.

En 1974, Herbert J. Freudenberger, psychanalyste, décrit ce qu’il voit avec une image :

« En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte. »

Définition du Burn Out de la Haute Autorité de Santé

Comme son nom l’indique, l’institution fait autorité. Le syndrome trouve encore des définition variée, retenons celle-ci comme fédératrice des différentes recherches et comme acception officielle.

« Le syndrome d’épuisement professionnel, équivalent en français du terme anglais burnout, se traduit par un « épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel »2 . Les travaux de Christina Maslach ont permis de concevoir le syndrome d’épuisement professionnel comme un processus de dégradation du rapport subjectif au travail à travers trois dimensions : l’épuisement émotionnel, le cynisme vis-à-vis du travail ou dépersonnalisation (déshumanisation, indifférence), la diminution de l’accomplissement personnel au travail ou réduction de l’efficacité professionnelle.« 

Des idées reçues à propos du burn out

idées recues sur le burn out

Idée reçue 1 : C’est une dépression.
Ce que j’ai déjà entendu : « Non, il n’a pas fait un burn out. Il n’a pas l’air de quelqu’un qui a un burn out. »

Idée reçue 2 : C’est forcément liée à des problèmes personnels.
Ce que j’ai déjà entendu : « Oui c’est vrai qu’il a subit une forte pression, et la réduction de personnel ne l’a pas aidé. Mais, il s’est suicidé parce que sa femme allait le quitter ».

Idée reçue 3 : Çà touche les personnes mentalement fragiles, quand on est solide ça ne peut pas nous arriver.
Ce que j’ai déjà entendu : « On l’a toujours entendu râlé sur le manque de moyen et ses objectifs soi-disant inatteignables. Pourtant, il les a toujours atteint. Il a le talent mais pas les épaules pour y arriver. »

Idée reçue 4 : On ne sait pas vraiment ce que c’est, il doit s’agir d’un vulgaire coup de blues.
Ce que j’ai déjà entendu : « le burn out, c’est assez vague et on s’en remet facilement. C’est un coup de blues qui se soigne avec un peu de repos et de la calinothérapie. »

Idée reçue 5 : Çà arrive parce qu’on travaille trop.
Ce que j’ai déjà entendu : « Ce projet m’a tenu au bureau 10h par jours pendant 3 semaines. Je suis à deux doigts du burn out. »

Idée reçue 6 : C’est un coup de fatigue.
Ce que j’ai déjà entendu : « Je me sens fatigué. Je ne sais pas pourquoi. Çà doit être un burn out. »

Toutes ces idées reçues, voire clichés, sont évidemment erronés mais bien inscrits dans les têtes (y compris dans certaines directions des ressources humaines ou même de médecins). Les éléments ci-dessous devraient vous éclairer.

En attendant, comme vous l’avez lu les premiers observateurs du burn out ne le lient pas à une dépression, les mécanismes en sont mêmes assez différents.
L’origine du mal est en rapport avec l’activité du malade, les facteurs liés à la vie personnelle sont aggravant uniquement.
Il n’y a pas de lien entre force de caractère et burn out. En revanche il touche des personnes sur-investies.
Le syndrome d’épuisement professionnel est désormais bien identifié, ainsi que ses conséquences physiologiques, même si certains débats peuvent subsister.
Travailler beaucoup est un facteur à risque. Mais heureusement toutes les personnes travaillant beaucoup ne font pas de burn out. Les causes sont en général multifactorielles.
La fatigue est un des principaux symptômes visibles. La fatigue peut avoir plusieurs causes. Mais deux jours alités ne suffisent pas à se remettre d’un burn out. Le mal est bien plus profond. Cependant, une fatigue psychique lourde et chronique, alliée à une forme de découragement peut être considérée comme un signal.

Les premières découvertes et constations de l’épuisement professionnel

Les pionniers du burn out observent principalement le phénomène dans les professions ayant un investissement émotionnel important et faisant face à de nombreux échecs (professions médicale, de l’éducation, de l’aide sociale).

L’investissement et l’image de soi d’abord identifié pour cause de burn out

Par exemple, ce même Freudenberger, constate une forte chute de motivation accompagnée de fatigue, maux de tête, maux de ventre, insomnie auprès des bénévoles d’un centre de soins dédié aux toxicomanes. Il remarque que les nouveaux bénévoles sont d’abord mue par la force du sens de leur action. Ils la croient utile. Elle répond à un besoin d’estime et d’accomplissement basé sur la générosité. Il veulent changer les choses. Malheureusement après un an de conseils prodigués à des patients peu enclin à les appliquer, à force de revoir les mêmes personnes s’enfoncer, les mêmes situations se reproduire encore et encore, le soignant perd le sens de son action. Il était hyper investi. Il se sent inutile. La motivation baisse et les premiers symptômes du burn out apparaissent. Et c’est ainsi qu’apparaît la définition du burn out avec son livre intitulé « burn out » (ou la brûlure interne en Français) en 1980.

Hamster dans sa roue - du burn out
A force de courir sans jamais atteindre de destination, on s’épuise

Les cliniciens américains en déduisent que des personnes se voyant comme compétente, dévouée, ambitieuse sont des profils risqués. Ils concentrent, à cette époque, l’origine du trouble sur la personnalité des individus qui en sont victime, jusqu’à le nommer « maladie du battant ».

S’il est vrai de dire que des personnes indifférentes à ce qu’elles font, et désintéressées des résultats de leur action courent peu de risque ; il est insuffisant d’expliquer le burn out uniquement de manière intrinsèque. Les études ultérieures et multi-sectorielles mettront en avant les facteurs extrinsèques.

Un concept mieux approprié après de nombreux tâtonnements

La fin des années 70 est marquée par Baron Perlman et Alan Hartman qui synthétisent les nombreuses et divergentes publications pour formuler une définition du burn out par un triptyque symptomatique :

« Le burnout est une réponse au stress émotionnel chronique avec trois dimensions :

  • l’épuisement émotionnel ou physique
  • la diminution de la productivité
  • la sur-dépersonnalisation. »

Ainsi formulée, la définition ignore la personnalité du patient et elle souligne la conséquence du stress chronique. Cette acception ne mentionne aucunement une filiation à la dépression. Encore aujourd’hui, et après plus de 40 ans d’étude la définition du burn out est contestée, polémique y compris au sein de la corporation médicale. Les études sont claires, le syndrome d’épuisement professionnel n’est pas une dépression.

Pour mieux comprendre ce qu’est la dépersonnalisation, voici une définition proposée par D. Spiegel professeur de médecine à l’université de Stanford (USA) :

Le trouble de dépersonnalisation/déréalisation est caractérisé par une sensation persistante ou récurrente de détachement de son propre corps ou de ses propres processus mentaux, en se sentant comme un observateur extérieur de sa propre vie (dépersonnalisation), et/ou par une sensation de détachement de son environnement (déréalisation).

Origines et causes du burn out pour mieux appréhender sa définition

Il existe pléthore d’approches et de définitions du burn out. Ce qui ne facilité pas sa compréhension et résolution. Cependant, les trente dernières années montrent un point commun : la rencontre d’un sujet et d’un environnement.

Ayala Pines propose une approche intéressante

Selon Pines qui a mené ses études entre les années 80 et 2000 remarque des populations à risque : les professionnels sur-investis. En effet, les personnes qui ont la flamme , c’est-à-dire qui investissent dans leur travail l’accomplissement de soi ou qui sont en quête de sens, peuvent se plonger dans le travail de toutes leurs forces. Cet investissement peut se montrer fatal quand l’environnement ne permet pas d’atteindre cet objectif.

Le mythe de Sisyphe, une parabole du burn out Sisyphe burn out mythologique

Au-delà de la définition de l’épuisement professionnel, la métaphore peut rendre une idée. plus concrète Pour rappel, Sisyphe très malin mais cupide se voit condamné à une peine absurde. Il doit faire rouler un rocher jusqu’en haut d’un montagne pour avoir essayé d’échapper à la funeste condamnation des dieux. Mais ne peut jamais atteindre le but. Le caillou près du but dévale toujours la pente en sens inverse.

Sisyphe présente la parfaite métaphore d’une victime du burn out.

Il est ambitieux, intelligent. Il réussi dans ses affaires, fonde la ville de Corinthe. Mais il pousse son avantage jusqu’à trahir Zeus, qui avait enlevé une jeune femme, en dénonçant la cachette et permettant à la famille de retrouver la disparue. Le dieu des dieux défié condamne à mort Sisyphe qui parviendra à déjouer avec malice les dieux de la mort et des enfers. Il recevra finalement un châtiment pire que la mort. Monter un rocher en haut d’une montagne à perpétuité. Ce rocher, poussé par une force supérieure, dévale la pente en sens inverse à chaque fois qu’il approche de l’arrivée, condamnant ainsi Sisyphe à recommencer encore et encore.

Sisyphe est un « gagnant » ! Il transgresse les « règles », mêmes injustes, et renverse l’ordre. Il nous rappelle ces personnes hyper motivées prêtes à bouger des montagnes.
Il parvient ensuite à déjouer les condamnations et mauvais sorts parvenant même à revenir des enfers. On peut y voir une résistance au stress intense. Il s’est habitué au pire traitement.
Enfin, il est piégé dans un cadre absurde définit par une toute puissance où l’objectif est inatteignable. Et pourtant, il poursuit une débauche d’effort importante.

La détermination de l’épuisement serait-elle intrinsèque ou extrinsèque ?

Dans le mythe comme dans le burn out ce n’est pas l’échec, l’éventuel manque de compétence, ou la difficulté qui pose problème mais c’est la découverte que quelque soit l’énergie déployée le but est visible mais inaccessible. L’accomplissement de la tâche ou de soi est rendu impossible par le cadre lui-même. Ce qui détermine le burn out c’est bien la rencontre entre une personne très motivée et un environnement qui ne lui permet pas de s’épanouir (souvent même arbitraire et / ou toxique).

L’épuisement professionnel conséquent du stress chronique

3 phases définissent habituellement le stress chronique. Pour le burn out des observateurs ont ajouté la phase de rupture.

L’alarme, la résistance, la rupture puis l’épuisement.
Le sujet stressé met son organisme au service de la résolution d’une cause de stress.
Si la cause persiste, le sujet adopte des stratégies, l’organisme s’endurcit mais commence à souffrir.
Face à la répétition, les digues biologiques finissent par sauter et les phases d’alarmes sont en déclenchées continuellement. Le sujet devient cynique et son métabolisme change.
L’épuisement est inévitable, les dysfonctionnements sont nombreux : neurologiques, cognitifs, musculo-squelettiques, gastriques, intestinaux, hépatiques, psychologiques …

Quelles sont les causes du stress poussant à l’épuisement ?

La liste ne peut être exhaustive et complète. De surcroît nous avons tous un système de valeur personnel qui rend des facteurs plus ou moins stressant. Dans le cadre professionnel, nous sommes plus ou moins stressé face au même stimulus selon notre dévotion et notre sensibilité.

Cependant certains signes organisationnels déterminent de façon quasi mécanique l’épuisement professionnel.

1. Une exigence élevée du travail quantitative et/ou qualitative

Peut s’apprécier par le nombre de tâches ou missions différentes menées, par la complexité de chaque tâche, par le nombre d’heures passées.

2. Un cadre confus

Caractérisé par des objectifs irréalistes, flous ou inexistants ; ou des missions mal définies et des responsabilités peu claires ; voire des prérogatives opposées (on parle d’injonction paradoxale ou double contrainte).

3. Un environnement instable

Peut-être compris comme tel à partir du moment où l’employé ne peut pas s’installer pour mener à bien l’objectif qui lui a été fixé. Il peut s’agir d’un constant dérangement (par le téléphone, les e-mails, les demandes nouvelles…), ou d’une organisation changeant trop souvent (de sorte que les individus ne savent plus qui fait quoi), ou d’un individu prenant souvent de nouvelles responsabilités dont les compétences peuvent être différentes.

4. Un manque de moyen

Celui-ci peut être natif à l’arrivée en poste ou se dégrader dans le temps.

5. Insécurité

Le sentiment d’insécurité existe dans les métiers dangereux, et à cet égard les policiers constituent une grande population de « burnoutés ». D’autre part, la crainte de perdre son emploi met également sous pression le travailleur.

6. Un management déshumanisé

La manque d’intérêt marqué par certains managers vis à vis de ce que leurs équipes remontent du terrain enferme les travailleurs dans un sentiment d’inutilité et des tâches parfois inexécutables. Le manque de considération. Les processus très standardisés ne laissant aucune place au jugement des opérateurs. Plus généralement, le manque d’autonomie est souvent vécu comme une souffrance. A l’inverse une totale autonomie, plus proche de l’abandon, peut également être vécu comme un facteur de stress.

7. Des relations difficiles avec son entourage

Un climat hostile créé un enferment et un manque de collaboration positive. Une dispute, une profonde incompréhension est une source de stress.

8. L’isolement

L’isolement peut être géographique, opérationnel (personne ne partage les mêmes compétences, projet, contraintes ou objectifs), ou relationnel. Dans ce dernier cas, la « plarcardisation » consistant à isoler un collaborateur pour le pousser à partir est pratique courante. On cherche alors à faire « craquer » la personne.

9. L’empêchement

Malgré des relations revêtant des habits cordiaux, le travail peut être rendu impossible par le blocage de la réalisation d’une tâche. Par exemple, un collaborateur sachant son travail essentiel à la réalisation d’un autre pourrait repousser constamment les délais, livrer partiellement ou laisser passer des erreurs.

10. Le harcèlement

Peut avoir des sources diverses et prendre des formes multiples. Il peut être mené à dessein pour écarter un concurrent de bureau ou tout simplement la concrétisation de délires pervers. Il peut prendre le masque vulgaire de l’humiliation publique, de l’insulte ; ou les traits subtils de montages, manipulations, rumeurs et mystifications. Ce qui fonde l’acter de harcèlement c’est la répétition d’acte mal viellant d’une personne envers une autre.

Il n’est pas nécessaire de collectionner toute la liste pour être atteint d’épuisement. Cependant, le burn out est en général proche dès lors que plusieurs de ces facteurs s’additionnent ou se répète sur une durée de plusieurs mois au moins.

Pour aller plus loin, lisez cet article sur les causes du burn out et les facteurs de risques

Notez que certains médecins ont évalué à environs 30% les causes intrinsèques (i.e qui viennent de l’individu), et donc 70% aux facteurs liées à l’environnement.

Comment reconnaître le burn out : signes et symptômes

Concentrons ici sur les symptômes caractéristiques

Les troubles cognitifs

Perte de mémoire, déficit de l’attention, concentration détériorée, compréhension difficile sont les signes précurseurs. En l’absence de « traitement » il ne font qu’empirer.

Les troubles neurologiques

Vertiges, migraines sont des symptômes parfois rencontrés. Les médecins pensent rarement à une exposition répétée au stress.

Les troubles digestifs

Les œsophagites, gastrites, ulcères, colons irritables sont courant.

Les douleurs musculo-squelettiques

Le dos, les articulations, des crampes, des tendinites sont également des maux souvent rencontrés lors de phases avancées de stress.

Les troubles de l’humeur

Ruminations (pensées obsédantes du genre : « j’aurais dû … pourquoi j’ai fait… et si j’avais … comment a-t-il/elle pu … comment vais-je en sortir ? »), irritabilité et anxiété sont l’apanage du burn out.

Les accès dépressifs constituent une évolution du burn out. En effet, un burn out non soigné, dégénère souvent en dépression.

Sources

Harold Bradley, article : « Community-based treatment for young adult offenders »
Herbert Freudenberger, livre : 
L’épuisement professionnel:  La Brûlure interne
Christina Maslach , Susan Jackson  : « The measurement of experienced burnout »
Christina Maslach, article : « Job burnout: new directions in research and intervention »
Schaufeli WB and Greenglass ER. Introduction to special issue on burnout and health. Psychol Health 2001

Nico Pellerin

Expert digital, dont 10 ans dans le développement d'activités innovantes avec de grands groupe, des pure-players ou en start-up. Concerné et passionné par les médecines douces, il partage ses recherches et expériences  bien-être avec les visiteurs de Feel-Good.space

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