Que le burn out nous paraissent familier et éloigné, qui ne s’est jamais senti stressé ? Qui n’a pas eu de collègue arrêté pour burn out ou une fatigue inexpliquée ? Et pourtant nous restons avec l’idée que c’est passager ou qu’il s’agit du syndrome du maillon faible de l’équipe. Alors comment peut-on évaluer l’ampleur du phénomène ? Quelques chiffres sur le burn out et stress au travail.

Comment chiffrer le stress et le burn out

Combien de travailleurs victime de stress ou de burn out ?

Selon l’Institut national de recherche et de sécurité, un tiers des travailleurs européens se plaignent de problèmes de santé liés à un travail stressant.

Les conditions du stress sont nombreuses. Et tout le monde n’a pas la même résistance au stress. Cependant, un travailleur sur trois représente une somme considérable quand on songe aux risques sur la santé liés à une exposition au stress chronique : cardio-vasculaire, hépatiques, gastriques, neurologiques… Il semble qu’il s’agisse d’un phénomène épidémiologique. Rappelons que le stress chronique est une condition préliminaire du burn out.

Des chiffres précis sur le nombre de personnes en burn out en France

10 000 affections psychiques reconnues en accident du travail chaque année ; dont 600 au titre des maladies professionnelles Ces dernières ont été multiplié par 7 en cinq ans. Et les durées d’arrêt durent presque deux fois plus que la moyenne.

Malgré des chiffres qui paraissent déjà important, il semblerait qu’ils soient largement inférieurs à la réalité. En effet, la mission parlementaire sur « l’épuisement professionnel » en 2016 a révélé que l’extrapolation d’une veille mise en place dans les régions montrerait 490 000 cas d’épuisement professionnel par an. C’est à dire que 2% de la population active (à partir de 15 ans et chômeurs compris) seraient atteint de burn out. Estimation « à minima » déclarée par les auteurs.

Tous les autres ne seraient pas identifié par le déni des malades, méconnaissance des médecins. A l’aune de ces chiffres sur le burn out, on ne peut que constater que la prévention ne fonctionne pas.

Cependant, les salariés ne sont pas les seuls à vivre un déni de réalité. Le management et l’organisation du travail pourraient également être concernés. En effet, le stress serait également à l’origine de 50 à 60 % de l’ensemble des journées de travail perdues d’après l’agence européenne pour la sécurité et la santé au travail selon un étude de 1999. Le chiffre est ancien maintenant, mais les crises successive (notamment 2008) n’ont certainement pas arrangé ces données.

Chiffrer le coût du burn out

Une étude réalisée en France estime en effet que le coût direct et indirect du stress peut être évalué entre 830 000 000 €  et 1 656 000 000 € par an, ce qui équivaut à 10 à 20 % du budget de la branche accidents du travail / maladies professionnelles de la Sécurité sociale.

En parallèle, une autre étude menée par l’INRS et l’école Arts et Métiers ParisTech évalue, probablement de manière plus globale, le coût social du stress (dépenses de soins, celles liées à l’absentéisme, aux cessations d’activité et aux décès prématurés) a été estimé en 2007 entre 2 et 3 milliards d’euros , soit 4% des dépenses de l’assurance maladie des remboursements.

Comment représenter 3 milliards d’euros ?

Cette somme est importante mais difficile pour le commun des mortels de se rendre compte de ce qu’on peut faire avec. Ci-dessous quelques éléments de comparaison.

C’est plus que le budget de fonctionnement des ministères de l’agriculture ou celui de la culture.

C’est près du tiers du coût total des mesures annoncées par le gouvernement pour répondre aux demandes des « gilets jaunes » (chiffrées à 10,3 milliards d’euros).

Prenons maintenant l’assurance maladie comme étalon. En 2007, le total des dépenses de l’assurance maladie étaient de 147,8 milliards d’euros. Le stress représenterait donc 2%. Mais c’est surtout presque 80% des économies préconisées par le Haut Conseil des finances publiques pour l’Assurance maladie en 2019 (3,8 milliards d’euros).

Par une prévention du stress efficace, une organisation du travail bienveillante, notre système d’assurance maladie pourrait être à l’abris de toute menace.

Quelles sont les raisons de ces mauvais chiffres sur le stress ?

La CFDT livra en 2017 une étude sur 200 000 salariés. Même si un grande majorité d’interrogés sont syndiqués, la pondération a été bien effectuée pour rendre un visage plus proche de celui du travailleur moyen.

Des chiffres positifs donnant de l’espoir

Avant toutes choses, force est de constater que les salariés aiment leur travail à 76,4%, et sont globalement fiers de ce qu’ils font à 55,7%. Ces écrasantes majorités, balayent quelques idées reçues pourtant bien ancrées. Les gens aiment travailler, c’est une excellente nouvelles pour les employeurs. Leurs employés sont motivés !
Notons tout de même une perte de 22 points entre l’amour du travail et la fierté obtenue.

Quelques statistiques sur les difficultés pourtant bien identifiées comme facteur de stress chronique

Les moyens et le temps de faire les choses manquent

Seulement 45% estiment avoir le temps de faire correctement leur travail.

Une reconnaissance insuffisante

2/3 des salariés considèrent que leur rémunération est insuffisante par rapport à leurs efforts.
A la question de ce qui met en colère au travail, c’est d’abord ; les sondés répondent « le manque de reconnaissance » à 42%.

Une inégalité dans l’équilibre de vie selon les horaires

A la question de la conciliation entre vie professionnelle et personnelle, il semble que plus on travail, moins on y arrive. Au delà de 39h par semaine, la vie personnelle passe au second plan.

vie pro vie perso selon les heures travaillées par semaine

Une accumulation toxique de facteurs de stress courante

L’étude a défini quatre critères d’impact sur une charge de travail supportable :

– pouvoir prendre tous ses congéscharge de travail supportable
– avoir une quantité de travail modérée
– ne pas se voir fixer des objectifs intenables
– avoir le temps de faire correctement son travail.

Près du tiers des salariés cumuleraient 4 des situations connues comme favorisant le stress chronique.

Les zones d’alerte heureusement encore très minoritaires

Des situations vécues comme très dégradées ou dégradantes quand les gens font continûment des choses qu’ils désapprouvent, inutiles, abrutissantes, honteuses ou dénuées de plaisir sont citées par 4% des répondants. Cependant 12% déclarent connaître des situations où le travail les malmène.

L’avenir aux organisations bienveillantes

La mode des Chief Happiness Officers dans les start-ups, les nouvelles tendances RH dans certaines grandes entreprises centrées sur l’homme ont sûrement une vérité économique. Rendre 3 milliards d’euros à nos caisses sociales, et redonner force et motivation à 30% des salariés, ne serait-ce pas un enjeu pour notre société sur le plan économique, sanitaire et philosophique ?

Sources : Technologia, Le syndrome d’épuisement, une maladie professionnelle, mai 2015.R5I
Mission parlementaire sur « l’épuisement professionnel » en 2016
Ameli (Assurance maladie), 10 000 affections psychiques reconnues en accident du travail
étude CFDT : parlons travail

Nico Pellerin

Expert digital, dont 10 ans dans le développement d'activités innovantes avec de grands groupe, des pure-players ou en start-up. Concerné et passionné par les médecines douces, il partage ses recherches et expériences  bien-être avec les visiteurs de Feel-Good.space

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